16 mars 2008 à 11:51
· Classé sous Idéalisme

« Soit un mec, bordel ! Réagis, comporte-toi comme un bonhomme »
Tout ça pour s’entendre dire ça. Si j’avais su que c’était pour en arriver là… Presque deux ans de couple féeriques, dix mois de vie commune lumineuse et enivrée. Aimer jusqu’à se renverser, se mettre en danger, perdre l’équilibre et le retrouver. Et puis la rupture. L’incomparable meurtrissure de la séparation, le manque d’affection, l’absence d’horizon. Cela n’était pas suffisant, non. Il fallait en plus qu’on me rappelle à ma condition d’homme, invulnérable, inoxydable. Celui que rien ne peut atteindre, drapé dans sa virilité.
« C’est le moment de t’éclater, y’a pleins de bonnes meufs qui attendent que toi ! »
Comme si le retour forcé au célibat ne devait se conjuguer qu’avec la bite en l’air, ultime accomplissement de soi pour le mâle dominant. Comme si l’absurde fierté de se croire le plus fort ou le plus puissant allait me remonter le moral. Illusion du machisme d’autant plus invoqué qu’on craint pour sa virilité, qu’on a peur d’être émasculé. Je n’ai rien à me prouver, pas plus qu’aux autres. Et encore moins aux autres hommes, soucieux de ne pas se laisser aller, de ne jamais se sentir basculer. Ces mecs à l’allure rigide, empêtrés dans les poses et les attitudes, condamnés à se refreiner, à ne plus respirer pour continuer d’avancer le torse bombé.
« Allez viens, demain on bouge en soirée sur Paname, y’aura moyen de serrer… »
Bouger, partir, s’évader. Ne jamais affronter la solitude. Ne jamais se regarder en face. Prendre la fuite et s’en accommoder entre deux cuisses écartées. Avec elle, je me sentais capable de refaire le monde. Et de le conjuguer au sien. Chacun de nous brillait plus fort que jamais. J’étais moi, j’étais roi. Je ne suis plus qu’un prince sans royaume, qui se refuse à enfiler le costume étriqué d’une fierté mal placée dans le seul but de pavaner.
Permalien
zo. wrote @ 19 mars 2008 at 2:41
Salut,
un petit message pour te dire que ce que tu (d)écris, je l’ai entendu de la bouche de proches des dizaines de fois ces derniers temps. Et ce n’était pas la première fois. Rien à faire, beau leur expliquer par A+B que cette démarche de la conquête n’a aucun sens, que ce n’est pas une question de se rassurer, ils ne l’admettent pas. Beau leur expliquer que cette croisade pour mettre des souvenirs en jachère -pour son propre bien?- n’effleure même pas une seconde le plaisir que tu avais de les cultiver, ils ne l’admettent pas. Et toujours la même rengaine, celle que tu décris : “soit un homme ; éclate toi ; etc.”.
Alors, je n’ai plus de réponse à ces propos, je laisse le temps faire à ma place. Quand on danse avec un fantôme, d’abord on passe pour un doux fou. Puis un jour, les fantômes ne hantent plus, ils accompagnent.
Je ne sais pas si je suis très clair ni si ce message sert à quelque chose. Mais ton texte m’a beaucoup parlé, d’où ce besoin d’y répondre… Désolé de ne pas avoir fait de commentaire constructif 
Reivax wrote @ 19 mars 2008 at 8:29
Au contraire, c’est constructif de savoir que ce que j’écris rencontre un écho - surtout dans ce cas là
Et puis le temps a beau passer, une phrase comme ça me touche forcément en retour : “Quand on danse avec un fantôme, d’abord on passe pour un doux fou. Puis un jour, les fantômes ne hantent plus, ils accompagnent.”
J’avais écrit il y a quelques temps un quatrain (dont je ne suis pas trop satisfait) qui jongle un peu avec la même idée, mais de manière un peu plus pessimiste… :
Les fantômes du cœur sont vêtus de draps blancs
Les rendant lumineux comme il est de coutume
Mais traînent à leurs pieds un boulet d’amertume
Forgé dans les regrets alourdis par le temps.
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