
Je brûle d’impatience maladroite dans la chaleur du jour. Le soleil consume la mèche de mes pensées mais s’entête à ne caraméliser que la peau de mes rêves - leur donnant ce parfum sucré – sans parvenir à se glisser sous la surface. Ses rayons s’évanouissent comme ils nous éblouissent. Les plus aveuglés ont beau jeu de blâmer l’idéalisme, de lui faire porter le chapeau pour nos insolations. C’est trop facile ! Je ne m’y résous pas. Inculpé pour ne pas avoir cédé au pragmatisme (une hérésie dans l’air fané du temps), tel est mon chef d’accusation. Ne reste que la tentation - faible il est vrai - de basculer vers les ombres mesquines qui piétinent mon ciel. La tentation est le couperet qui vient s’abattre sur le cou de l’idéal à l’instant même où on lui cède (notez que du même coup, le rêve, lui, décède). La volonté ne tient qu’à un fil, celui tiré par le marionnettiste. J’endosse ce rôle avec fierté. Alors l’idéal, je suis disposé à en payer le prix. Et pour avoir déjà trempé mes lèvres au calice du délice, je suis prêt à affronter toutes les mutilations morales et le râle des obsessions – puisque c’est de ceci dont il s’agit. Je plonge dans le grand bain de l’idéal, au risque de m’y noyer. Qu’importe, j’apprendrai à nager.


